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Les restaurants devraient-ils afficher le nombre de calories que contient chaque plat?

Il y a quelques jours, le gouvernement ontarien a annoncé le dépôt d’un projet de loi voulant obliger les restaurants à afficher le contenu calorique de leurs plats.

En 2009, l’Association médicale de l’Ontario a recommandé au gouvernement ontarien d’obliger les restaurateurs à afficher le nombre de calories à côté des plats à leur menu, et les directions d’écoles à faire de même dans leurs cafétérias.

Selon cette association, cette mesure permettrait aux gens de faire des choix plus éclairés étant donné qu’il est très difficile d’estimer le nombre de calories que contiennent les différents plats des restaurants et cafétérias. Des études ont démontré que même les nutritionnistes échouent bien souvent à estimer de façon convenable le nombre de calories de même que la quantité d’autres nutriments, comme le sodium, dans les menus de restauration rapide.

Aux États-Unis, cette mesure de transparence est déjà appliquée dans les restaurants de New York et dans les écoles d’un district de la Caroline du Nord. De plus, la Food and Drug Administration (FDA) a finalisé dernièrement une réglementation obligeant les chaînes de restaurants et les pizzérias du pays à afficher le contenu calorique de leur menu. Tout récemment, le ministre de la Santé publique de l’Angleterre a annoncé qu’il imposait à 18 chaînes de restaurants l’obligation d’inscrire le nombre de calories à côté des plats à leur menu.

Une étude, réalisée par Technomic inc., une firme de consultants en service alimentaire, a démontré que l’affichage de calories modifie la sélection des aliments chez 82 % des gens faisant partie du sondage et que ça influence le choix du restaurant chez 60 % d’entre eux.

Efficace, mais…

Cette stratégie d’impact est sans contredit efficace à court terme, mais doit être soutenue sans faute par de l’éducation en nutrition, comme apprendre à écouter ses signaux de faim et de satiété ou à prendre conscience de ce que l’on consomme, si on veut qu’elle produise des effets porteurs à moyen et à long terme. En y pensant bien, l’excès de poids ne provient pas juste de nos abus lors de repas pris à l’extérieur, mais aussi et surtout de nos abus de bouffe à la maison. De telles mesures incitatives, il en faudrait un peu partout : sur le frigo, sur le garde-manger, à la télévision, dans le métro, à la radio, etc.

De plus, afficher seulement le contenu calorique peut être trompeur sur la qualité nutritive du produit. Par exemple, un verre moyen de boisson gazeuse diète n’apportera aucune ou très peu de calories mais un verre de 250 ml de lait 1% apportera 110 calories et des tranches de pomme apporteront 40 calories*. Est-ce que ça signifie que la boisson gazeuse est à privilégier? Bien entendu la réponse est non car le lait est de meilleure qualité nutritionnelle que la boisson gazeuse en apportant des protéines et des vitamines et des minéraux comme le calcium et les tranches de pomme apporteront quant à elles des fibres et des antioxydants.

Pourquoi pas de la publicité?

Mais pourquoi Santé Canada ne fait-elle pas de publicité d’impact aussi percutante sur les effets malfaisants de la malbouffe que les annonces faites sur les effets désastreux de l’abus d’alcool? Imaginez, pour un moment, une pub où l’on verrait une personne d’une quarantaine d’années manger trop, puis avoir de la difficulté à digérer, à dormir, à monter les escaliers, avoir mal aux genoux, être impatiente à cause de ses malaises, puis se retrouver intubée sur un lit d’hôpital, branchée à l’électrocardiogramme parce qu’elle vient de faire un arrêt cardiaque, avec ses jeunes enfants à son chevet. Il me semble que ça ne pourrait laisser personne indifférent, c’est le moins qu’on puisse dire.

Il faut aussi apporter un important bémol à l’affichage des calories, car une telle stratégie pourrait renforcer les troubles alimentaires tels que l’anorexie, la boulimie ou l’orthorexie chez certaines personnes, bien que ces troubles alimentaires ont des origines psychologiques avant tout. Il faut être bien conscient que, pour les personnes avec de tels troubles alimentaires, le contenu en calories des aliments est constamment au coeur de leur préoccupation, comme un mal à éviter, jusqu’à en mourir, parfois.

Bref, il faut plus qu’une stratégie d’impact, aussi sophistiquée soit-elle, pour calmer l’insatiable glouton ou modérer le grand épicurien qui sommeille en chacun de nous, tout comme nous avons besoin de stratégies spécifiques pour les personnes qui souffrent de sérieux troubles alimentaires.

*Source: McDonald Canada et le Fichier Canadien

Publié originalement pour Passeport Santé.

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This post has 1 Comment

  1. Resi on janvier 9, 2015 at 7:01

    Merci pour ce partage